« Lettre à ma sœur » : le cri de résilience d’Aminata Pilimini Diallo résonne à Lomé

Le jeudi 1ᵉʳ octobre 2026 à Lomé, la journaliste et féministe guinéenne Aminata Pilimini Diallo a dédicacé son ouvrage intitulé « Lettre à ma sœur ». Cette cérémonie a mobilisé des lecteurs passionnés ainsi que des acteurs clés engagés pour la promotion des droits des femmes au Togo. Parmi ces figures se trouvaient Mesdames Zeynab Camara et Élisabeth Ampapa, respectivement Country Director du Tony Blair Institute for Global Change au Togo et Présidente de l’association Iyawo, connue pour son engagement féministe en Afrique.
Âgée de 37 ans, la fondatrice du webmagazine « Actu-elles.info » entend faire de son œuvre, parue le 15 décembre 2025 aux éditions Le Fil d’Ariane, un précieux outil de renforcement du leadership féminin en Afrique. Aminata Pilimini Diallo y partage les expériences qui ont jalonné son parcours depuis une décennie. À l’issue d’une entrevue exclusive, Bébé Trésor vous plonge dans l’univers de cette auteure engagée.
Quand Aminata Pilimini Diallo trace la voie avec sa plume
Tout commence en 2015, à Conakry. Les médias y sont nombreux, certains très écoutés, mais on n’y entend presque pas les femmes, ni en politique, ni en économie, ni dans la culture. Les femmes journalistes y sont également rares. Aminata Pilimini Diallo se pose alors une question qui va tout changer : pourquoi ne parlent-elles pas ?
En réponse, elle crée « Actu-elles.info », un webmédia féministe visant à donner la parole aux femmes. « C’est de là qu’est venu mon féminisme », confie-t-elle. Elle préfère d’ailleurs le terme de « web-féministe » à celui d’activiste. Depuis, son parcours s’est enrichi. Elle a présidé le conseil d’administration des Amazones de la Presse Guinéenne et a dirigé le service communication de l’Office Guinéen de Publicité de 2022 à mai 2026.
Quand on lui demande de se définir en trois mots, elle répond : authentique, passionnée et « forte », un adjectif qu’elle reconnaît tenir du regard des autres. Dans son entourage, deux prénoms la désignent : Aminata, la plus douce, et Pilimini, la plus radicale. Ce n’est pas l’insulte qui la met hors d’elle, mais l’attente ; puisqu’elle se dit très impatiente.
Ce que la voix coûte
La vie n’a pas été de tout repos pour Aminata depuis le début de son engagement féministe. Des regards méfiants aux ruptures amoureuses, en passant par l’exclusion sociale et professionnelle, la Guinéenne raconte avoir subi une vague d’humiliations.
« Certains parents déconseillaient à leurs filles de me fréquenter. Des hommes me craignent. J’ai perdu des relations, y compris amoureuses. Une famille a refusé que son fils m’épouse en raison de mon statut de féministe. Des rédactions n’ont pas voulu de moi, me jugeant menaçante », a-t-elle fait savoir.
En 2020, elle a lancé, en collaboration avec deux autres féministes, une campagne de dénonciation contre le mariage des enfants. « La riposte a été violente », raconte-t-elle, déplorant les attaques venues parfois d’autres femmes (injures, harcèlement, menaces sur les réseaux et convocations des parents) qui l’ont profondément blessée.
Après toutes ces épreuves, la femme de média a pensé à tout arrêter. C’était sans compter sur le soutien indéfectible de sa famille, de ses sœurs de lutte et sur sa foi, qu’elle cite comme sa première source d’espoir. Ce combat lui a demandé beaucoup d’énergie et de concentration ; 2026 est pour elle l’année de la récupération.
Écrire pour que ça reste : le credo d’Aminata Pilimini Diallo
Pourquoi avoir choisi le livre, alors que les réseaux sociaux lui offraient déjà une large audience ? Parce que l’écriture est d’abord pour elle une thérapie, et surtout un moyen de laisser une empreinte durable. Écrire, dit-elle, c’est transmettre encore plus, y compris à celles qui n’auront jamais l’occasion de la croiser.
Depuis sa parution, « Lettre à ma sœur » a conquis des lecteurs à travers l’Afrique francophone. Selon Aminata Pilimini Diallo, plusieurs centaines d’exemplaires ont été vendus, notamment en Guinée, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Togo.
Aujourd’hui, elle se sent plus forte que jamais pour poursuivre son combat et éclairer la jeune génération. Ses sources d’inspiration, a-t-elle confié à la rédaction de Bébé Trésor, sont entre autres sa mère, sa grand-mère ainsi que ces milliers de femmes sans diplôme qui se battent au quotidien. Elle souligne également avoir bénéficié auprès de son père d’une présence et d’un soutien inestimables, qui l’ont propulsée dans sa carrière de journaliste et lui ont transmis la culture de la résilience.
En perspective, la féministe guinéenne envisage de reprendre les études afin de renforcer son expertise en « genre et communication » au service de la cause des femmes. À la jeunesse togolaise, elle laisse ce conseil synthétique et inspirant : « il faut avoir une passion, puis agir pour elle. Les obstacles seront nombreux et ne finiront jamais. Il faut toujours continuer ».
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Emile Aziamble (stagiaire)









