Cancer du sein et sexualité : briser le tabou pour préserver la qualité de vie

On évoque souvent le cancer du sein sous l’angle du dépistage, des traitements et des chances de guérison. Pourtant, derrière la maladie, il y a une autre réalité : la vie sexuelle. Baisse du désir, sécheresse vaginale, douleurs lors des rapports, confiance en soi ébranlée… ces conséquences dépassent largement le cadre strictement médical.

Docteure Marion Aupomerol
Elles restent toutefois difficiles à exprimer, que ce soit aux proches ou aux soignants. Comment le cancer du sein impacte-t-il la sexualité ? Pourquoi en parler demeure-t-il si complexe, et quand faut-il demander de l’aide ? La Docteure Marion Aupomerol, gynécologue médicale et sexologue à l’Institut Gustave Roussy, apporte des éclaircissements.
Santé sexuelle : bien plus que l’absence de maladie
La santé sexuelle pèse de manière déterminante sur le bien-être général. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) la définit comme un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social lié à la sexualité. Elle ne se résume donc pas à l’absence de trouble ou de dysfonctionnement.
Pour la Dre Aupomerol, cette définition permet d’envisager la sexualité de façon positive, dans le respect de la liberté et de l’intégrité de chacun. La santé sexuelle fait partie intégrante de la santé, du bien-être et de la qualité de vie. C’est aussi un droit.
Chez les femmes atteintes d’un cancer du sein, cette dimension compte d’autant plus que le parcours de soins bouscule à la fois le corps, le psychisme et les relations de couple.
Sexualité et cancer : deux tabous qui s’additionnent
Parler de sexualité n’est déjà pas simple. Quand la maladie s’en mêle, la démarche devient encore plus délicate. La spécialiste est formelle : c’est avant tout aux soignants d’ouvrir la discussion.
« Lorsque l’on ajoute au tabou de la sexualité celui de la maladie, du cancer et de la mort, on se retrouve face à un double tabou », explique-t-elle.
Les patientes ne sont pas les seules en cause. Les consultations d’oncologie sont souvent très chargées, laissant peu de place à l’intimité. De plus, certains soignants ne se sentent pas suffisamment formés pour aborder ces thématiques.
Même face à un oncologue à l’écoute, se confier reste difficile. La sexualité exige du temps, de l’attention et un climat de confiance établi. Sans ces conditions réunit, les difficultés restent le plus souvent sous silence.
Quand le couple vacille
Le cancer ne touche pas seulement l’organisme, il déstabilise aussi l’équilibre de la vie à deux. Les rôles se redéfinissent : l’un devient la personne malade, l’autre l’accompagnant. Cette nouvelle dynamique rend le maintien de l’intimité complexe.
La peur de la maladie, l’angoisse liée à son évolution, les effets secondaires des traitements et la crainte de faire mal à l’autre sont autant de facteurs qui pèsent lourdement sur la vie de couple.
Toutefois, ces épreuves ne signent pas nécessairement la fin de la complicité. D’après la spécialiste, de nombreux couples parviennent à s’adapter et à conserver une intimité satisfaisante. Le dialogue demeure la clé : exprimer ses inquiétudes, comprendre les besoins de l’autre et réinventer de nouveaux repères.
Sécheresse, douleurs, baisse du désir : des symptômes à prendre au sérieux
Les manifestations du cancer du sein et de ses traitements sur la sexualité sont multiples. La Dre Aupomerol reçoit régulièrement des femmes souffrant de sécheresse des muqueuses vulvo-vaginales, entraînant un inconfort au quotidien comme durant les actes intimes.
Rapports douloureux, plaisir amoindri, libido en berne : ces plaintes sont récurrentes. S’y ajoutent la modification de l’image corporelle, les cicatrices et les séquelles physiques qui altèrent durablement la confiance et l’estime de soi.
Toutes les femmes ne sont pas affectées de la même manière. La nature et l’intensité des symptômes varient selon les profils et les protocoles thérapeutiques suivis. D’où la nécessité de ne pas les banaliser lorsque ces troubles s’installent et dégradent la qualité de vie.
Consulter sans hésiter
Face à ces difficultés, beaucoup de femmes hésitent encore à solliciter de l’aide, que ce soit par pudeur ou parce qu’elles estiment que le traitement du cancer doit primer sur tout le reste.
Selon la Dre Aupomerol, il devient indispensable de consulter dès lors que les troubles persistent et entraînent une souffrance chez la patiente, son partenaire ou au sein du couple. L’objectif est d’obtenir un accompagnement adapté et, le cas échéant, d’être orientée vers un professionnel spécialisé.
Elle souligne également qu’une information claire, délivrée dès le début du parcours de soins, permettrait aux patientes de mieux identifier les symptômes et de connaître les options thérapeutiques disponibles.
Consulter un spécialiste en santé sexuelle n’est pas systématiquement obligatoire. L’essentiel demeure de ne pas rester isolée face à des désagréments qui peuvent être soulagés.
Briser le silence pour réhabiliter la qualité de vie
Prendre en charge un cancer du sein dépasse la simple pose d’un diagnostic et l’administration de protocoles médicaux. La vie intime, l’image de soi et l’équilibre affectif en sont des composantes indissociables.
Parler de sexualité en oncologie, c’est offrir aux patientes la possibilité d’exprimer leurs difficultés en toute liberté, sans crainte d’être jugées, et de bénéficier d’un suivi sur mesure. En informant mieux et en écoutant davantage, la qualité de vie retrouve toute sa place au cœur du parcours de soins.
Aucune souffrance ne doit être minimisée sous prétexte qu’elle touche à l’intime, car préserver sa qualité de vie reste un droit fondamental tout au long du parcours de soins. De nombreuses solutions dont l’accompagnement sexologique, des thérapies de couple ou groupes de parole entre patientes, existent. Il suffit juste d’oser faire le premier pas en en parlant ouvertement à son médecin traitant, son gynécologue ou son oncologue.
Abdoul-Djamilou Bouraïma (Stagiaire)
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