Cancer du sein au Togo : combien coûte réellement le traitement ?

Au Togo, le coût du traitement du cancer du sein constitue un véritable obstacle à l’accès aux soins pour de nombreuses patientes. En octobre 2026, la Ligue togolaise contre le cancer (LTCC) et des études menées à Lomé alertent sur le poids financier de cette maladie. Entre le prix élevé de la chimiothérapie, le diagnostic tardif et les difficultés d’accès à une prise en charge adéquate, la question du financement des soins reste préoccupante.
Selon les organisations engagées dans la lutte contre le cancer, les difficultés financières, le diagnostic tardif et le recours aux traitements traditionnels figurent parmi les enjeux majeurs de la prise en charge. La LTCC fait état d’une moyenne annuelle de 973 cas et de 584 décès liés au cancer du sein. Une étude du CHU Sylvanus Olympio portant sur les décès par cancer du sein enregistrés en 2014 et 2015 indiquait que la tranche d’âge des 40 à 49 ans était la plus représentée, avec 35,2 % des cas étudiés.
Ce que peut coûter le traitement du cancer du sein
Selon la LTCC, une séance de chimiothérapie coûte entre 300 000 et 500 000 FCFA, et environ dix séances peuvent être nécessaires. Sur cette base, les dépenses liées à la
chimiothérapie pourraient atteindre entre 3 et 5 millions de FCFA, hors autres frais médicaux.
La Ligue précise que la chimiothérapie n’est pas couverte par l’Assurance maladie universelle (AMU) et plaide pour son intégration dans le dispositif. Elle réclame également la création d’un Fonds national de solidarité afin de soutenir les personnes confrontées à cette maladie.
Les résultats d’une étude menée au CHU Sylvanus Olympio et au Centre international de cancérologie de Lomé vont dans le même sens : les coûts directs des soins dépassent le revenu moyen d’un ménage togolais.
Quant aux frais liés au dépistage et à la chirurgie, les tarifs détaillés n’ont pas pu être établis à partir des informations disponibles. Ils peuvent notamment varier selon les examens prescrits, les actes médicaux et les structures de santé.
Recours aux tisanes et diagnostic tardif : ce que révèlent les études
Au CHU Sylvanus Olympio, une étude portant sur 282 patientes suivies entre 2019 et 2023 indique que 75 % des cancers du sein ont été diagnostiqués à un stade tardif.
Une autre étude, publiée dans la revue BMC Women’s Health et portant sur 62 patientes, relève que 69,4 % des cas étaient au stade III et 30,6 % au stade IV. Les auteurs évoquent un lien entre le recours aux soins traditionnels et le diagnostic tardif. Toutefois, ces résultats doivent être interprétés avec prudence. Ils mettent en évidence une association, mais ne démontrent pas que le recours aux tisanes constitue, à lui seul, la cause du retard de diagnostic.
Les raisons qui poussent certaines patientes à se tourner vers les pratiques traditionnelles doivent également être prises en compte, notamment les difficultés financières et les obstacles à l’accès aux structures de soins.
L’enjeu reste donc de favoriser un diagnostic précoce et une prise en charge médicale adaptée, tout en sensibilisant les populations aux risques liés au retard des consultations.
Le soutien aux patientes, un autre enjeu majeur
Pour les patientes et leurs proches, le coût du traitement du cancer du sein représente une lourde charge financière. Face à ces difficultés, les mécanismes de soutien restent une préoccupation majeure. En octobre 2025, Walla Mélanie, survivante du cancer du sein, avait exprimé le souhait de voir les coûts de la prise en charge revus à la baisse.
De son côté, la LTCC continue de plaider pour la création d’un Fonds national de solidarité. En attendant la mise en place de mécanismes de soutien plus structurés, certaines associations apportent une aide ponctuelle aux patientes.
Le 17 août 2026, à l’issue d’une visite aux patientes du service de gynécologie du CHU Sylvanus Olympio, le Mouvement des femmes Unir a apporté une aide financière. Pour sa part, l’association All For Change, qui a organisé une marche à Lomé dans le cadre d’Octobre Rose, a indiqué avoir accompagné sept femmes atteintes de la maladie.
Par ailleurs, le gouvernement togolais avait annoncé, en novembre 2024, le lancement de la construction d’un centre public de traitement du cancer ainsi que la création d’un Conseil national de lutte contre le cancer.
Ces initiatives nourrissent l’espoir d’une amélioration de la prise en charge. Toutefois, au-delà des infrastructures et des actions de sensibilisation, la question demeure : comment garantir aux patientes un accès effectif à des soins de qualité, sans que le coût du traitement ne compromette leurs chances de guérison ?
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Émile Aziamblé, journaliste stagiaire









