Kadidia Sanfo : « Le suicide est la 2ème cause de mortalité des jeunes après les accidents… »

Dans cette interview exclusive, Kadidia Sanfo nous aide à mieux comprendre le sujet relatif au « Suicide ». Le 10 septembre dernier, a été célébrée à travers le monde les actions et efforts en faveur de la prévention du suicide. Bien que négligée surtout dans nos communautés africaines, le suicide constitue aujourd’hui un fléau majeur qui détruit nos sociétés.
En effet, la Journée Mondiale de la Prévention du Suicide a été instituée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) depuis 2003. Cette journée est été conjointement mise en instaurée par l’Association internationale pour la prévention du suicide (IASP). L’Africaine de l’Etat du Burkina, Kadidia Sanfo s’est prêtée à l’exercice de questions-réponses dans notre rubrique « Sage ».
Bonjour Madame, qui est Kadidia Sanfo ?
Bonjour, je vous espère en bonne santé physique et mentale. Je suis Kadidia Sanfo, médecin en fin d’étude médicale, cofondatrice et Présidente de l’association Focus On Mental Health.
Également, je suis Alumna de plusieurs programmes dont le Yali Dakar, Women Leadership in Africa (Wolaf), et le Programme Régional de Leadership contre la Résistance aux Antimicrobiens (PLJRAM).
Kadidia est passionnée de la santé mentale, de la santé sexuelle et reproductive, de la protection des droits des enfants ainsi que de la lutte contre les violences basées sur le genre. Animée par ces passions, elle les entretient à travers la sensibilisation de sa communauté sur la santé mentale, hygiène menstruelle et les droits des enfants. Elle est engagée entant que volontaire en ligne des Nations Unies et activiste ODD 5.
Une campagne digitale sur la question du suicide ! De quoi s’agit-il ?
Le suicide est une tragédie à laquelle nous sommes confrontés dans notre société. Très souvent, on n’ose pas en parler parce les questions liées à la santé mentale et la mort sont des sujets tabous et sensibles dans nos sociétés. Cependant ce fléau silencieux prend de l’ampleur et continue à endeuiller des familles.
Le 10 septembre, journée mondiale de la prévention du suicide est une occasion pour informer, éduquer et communiquer sur le suicide et sur les moyens de prévention. Lorsque nous sommes informés, nous pouvons lutter efficacement contre ce fléau en adoptant des actions de prévention du suicide.
Phénomène du suicide en Afrique, quels sont les chiffres clés Mme Kadidia Sanfo ?
Chaque 40 secondes, une personne se suicide dans le monde. Selon Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 11 personnes sur 100 000 se donnent la mort dans la région africaine, ce qui est supérieure à la moyenne mondiale de neuf cas de suicide pour 100 000 habitants.
Que devrions-nous concrètement comprendre du suicide ? Est-ce une maladie ? Comment peut-on expliquer ce fait ?
Selon l’OMS, la santé mentale correspond à un état de bien-être mental qui nous permet de faire face aux sources de stress de la vie, de réaliser notre potentiel, de bien apprendre, de bien travailler, et de contribuer à la vie de la communauté.
Le suicide est un problème de santé publique, c’est l’acte de se donner délibérément la mort. Derrière l’acte suicidaire peut se cacher des maladies tels que la dépression, l’addiction aux substances psycho-affectives (alcool, drogue et dérivés), les troubles anxieux et bipolaire, les traumatismes, les pathologies neurologiques.
Il y’a également les événements indésirables de l’enfance (dont la maltraitance, l’abandon la négligence, le deuil). Il est donc important de prendre soin de notre santé mentale et celle de nos enfants afin de prévenir le suicide.
Selon vous quels sont les facteurs qui peuvent influencer ou conduire au suicide ?
Le risque de suicide peut être influencé par la vulnérabilité ou la résilience de chacun. Plusieurs facteurs peuvent influencer le suicide, notamment les facteurs génétiques et les antécédents familiaux de suicide.
Dans certaines familles il y’a plus de suicide lié à un dysfonctionnement de plusieurs systèmes biochimiques incluant la sérotonine (hormone sécrétée plus bas chez ces personnes).
Il existe d’autres facteurs tels que les troubles mentaux, l’usage nocif de l’alcool et des substances psychoaffectives, les troubles anxieux, le désespoir, la perte d’emploi et les pertes financières, une rupture amoureuse, le décès d’un proche, des difficultés à l’école, la douleur, les maladies chroniques, l’absence de soutien social et de pratiques quotidiennes de bien-être mental. Très souvent c’est l’accumulation de plusieurs facteurs qui peuvent conduire à l’acte suicidaire.
Y’a-t-il des signes d’alerte qui peuvent attirer l’attention sur une intention suicidaire ?
Il existe de nombreux signes d’alerte que nous devons savoir afin de pouvoir porter assistance à un proche autour de nous. Ne jamais banaliser une personne qui dit vouloir se suicider, c’est une urgence car la personne peut à tout moment passer à l’acte. Ces phrases doivent attirer votre attention :
« Vous seriez tellement mieux sans moi. » ; « Je suis inutile » ; « J’ai tout raté dans ma vie. » ; « Je serais bien mieux mort. » ; « La vie ne vaut pas la peine d’être vécue. », ou une personne qui vous envoie des messages d’adieux, on peut également noter un changement de comportement tels que l’isolement et un désintéressement aux activités professionnelles, sociales et familiales. Restons donc vigilant autour de nous et n’hésitons pas à porter assistance à ces personnes.
Mme Kadidia Sanfo, y’a-t-il un âge défini ou à risque pour le suicide ?
Aucune tranche d’âge n’est épargnée. Cependant les jeunes entre 15 et 29 sont les plus exposés selon l’organisation mondiale de la santé. Le suicide est la 2ème cause de mortalité des jeunes après les accidents de la voie publique.
Comment reconnaître une personne ou un enfant ayant des intentions suicidaires ?
Les parents doivent être interpeller devant tout changement de comportement de leurs enfants. Par exemple, un enfant qui s’isole, qui ne joue plus avec ses amis, qui dit que ses parents ne l’aiment plus, qui recommence à uriner au lit, qui ne s’intéresse plus à l’école ou qui a régressé dans ses performances scolaires.
On peut également noter les comportements agressifs chez le jeune enfant ou l’adolescent, l’exposition à des jeux à risque (les cascades à moto), l’augmentation de la consommation d’alcool et l’usage des substances psychoaffectives.
En Afrique le suicide est affilié au spiritualisme. D’autres estiment que cela arrive sous l’effet des mauvais esprits… Qu’en pensez-vous ?
On a déjà vu des personnes considérées des maladies physiques (paludisme…) comme d’ordre mystique. Cependant on traite bien ces maladies dans les structures de santé.
Juste pour dire qu’il serait bien d’intégrer dans les services adaptés la prise charge des maladies psychiques.
Le suicide cache des maladies et troubles mentaux qu’aujourd’hui on peut traiter et expliquer scientifiquement.
De la même manière qu’on arrive à faire des interventions, à traiter des maladies physiques et les personnes guérissent, il y’a des traitements disponibles pour les maladies psychiques.
Y’a-t-il des mesures préventives ? Si oui, que faut-il faire ?
La prévention est la meilleure des armes possibles, cela commence dans nos familles en développant un cadre de soutien solide et en ayant des groupes de soutien sociale avec des amis, des proches. Cultiver des relations saines et étroites avec notre cercle social.
Ce soutien atténue le risque de suicide associé aux traumatismes vécus pendant l’enfance et permet une meilleure résilience aux situations difficiles. On note également les croyances religieuses ou spirituelles. En effet, les religions n’encouragent pas le suicide, ce qui peut être un facteur protecteur.
À cela s’ajoute des attitudes de bien-être mental et d’adaptation positives. Surtout ne pas hésiter à consulter dans les services de santé mentale pour une meilleure prise en charge lorsque le besoin s’impose !!!
Mme Kadidia Sanfo, les parents ont-ils un rôle à jouer ? Si oui, un mot à leur endroit ?
Les parents ont un grand rôle à jouer dans la prévention du suicide. Le déséquilibre émotionnel et le manque d’affection peuvent avoir un impact négatif sur les capacités de résilience de l’enfant lorsqu’il sera adulte. Le soutien familial est un grand pilier, qui permet aux enfants de grandir en développant une meilleure résilience aux difficultés de la vie.
Il est important en tant que parent de montrer son amour à ses enfants, de dire des mots qui renforcent la confiance en soi des enfants. Éviter de rabaisser l’enfant avec des phrases qui diminuent leur confiance en soi et estime de soi.
Dire régulièrement des affirmations positives à ses enfants. Alors nous pouvons prévenir ensemble le suicide, en permettant à nos enfants de grandir dans un équilibre émotionnel et dans un espace familial pleins d’amour, d’affection et pacifique.
Avez-vous un message particulier à l’intention des jeunes en particulier les femmes ?
Prendre soin de sa santé mentale est très important, surtout en tant que femme, nous faisons face à de nombreuses difficultés professionnelles, familiales et sociales. Les femmes ont très souvent tendance à encaisser beaucoup d’émotions.
Nous avons souvent peur de parler, il est important d’exprimer ses émotions, de parler à des personnes de confiance. Cela nous permet de mieux guérir de nos blessures émotionnelles et protège notre bien-être mental.
Votre mot de fin
Pour une société épanouie, prospère, en paix, il est fondamental que chaque individu prenne soin de sa santé mentale car elle équilibre tous les autres domaines de notre vie. Alors décide toi dès maintenant à prendre soin de ta santé mentale !!!
Interview réalisée par Christelle Agnindom (Africaine de l’Etat du Togo)
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